Notes Technique Radio 4 — Amplis/oscillateurs/mélangeurs, ampli-op & logique, propagation & antennes

Suite de la série de notes techniques HAREC. Voir les pages précédents pour les chapitres 0-6. Cette page couvre les chapitres 7, 8 et 9.

7. Amplificateurs, oscillateurs, mélangeurs

7.1 Classes d'amplification

Les classes définissent la position du point de repos (sans signal) par rapport à la plage de fonctionnement linéaire :

ClassePrincipeUsage
Asignal centré, jamais hors de la plage linéairefidélité maximale, rendement faible
Bdeux transistors amplifient chacun une alternanceencombrant (transformateurs), nécessite des transistors appairés
Cseule une partie du signal est amplifiée, le reste restitué par un circuit oscillant accordé en sortieà proscrire pour un signal modulé en amplitude (AM, BLU) — utilisable pour CW/FM
Dcommutation à impulsions de largeur variable, puis filtragefort rendement, forte puissance (HF et audio)
ABintermédiaire A/B, signal non centréétages de puissance ; AB1 (pas de courant absorbé de l'étage précédent) vs AB2

Un amplificateur classe C déforme fortement un signal AM/BLU (il n'amplifie que les crêtes) — c'est une notion d'examen récurrente.

7.2 Résistance de charge et droite de charge

En classe A, la résistance de charge $R_c$ convertit les variations du courant collecteur en tension de sortie. Le point de fonctionnement suit une droite de charge de pente négative, tracée entre $U(+)$ (tension d'alimentation) et $U(+)/R_c$ (courant maximum).

Pour un fonctionnement linéaire, la droite de charge doit rester dans la zone où les courbes $I_b$ sont "plates" (avant saturation) et ne jamais dépasser la courbe de dissipation maximale (échauffement) donnée par le constructeur.

7.3 Liaisons entre étages

Type de liaisonUsage
Directe (collecteur → base)rare
Par diode(s) en sérieadaptation de niveau en continu
Par condensateurisolation en alternatif
Par transformateuradaptation d'impédance en alternatif

Un étage séparateur (tampon) adapte niveaux/impédances entre deux étages ; il n'apparaît souvent pas sur les synoptiques car il ne participe pas à la "logique" fonctionnelle du montage.

7.4 Amplificateur RF et distorsions

Éléments caractéristiques d'un ampli RF : condensateur de découplage + bobine de choc (empêchent la HF de remonter sur l'alimentation), transformateurs d'adaptation, résistance de contre-réaction $R_{cr}$ (évite l'auto-oscillation), résistance d'émetteur $R_e$ (protection contre l'emballement thermique).

Types de distorsion :

TypeDescriptionExemple (entrée $f_1, f_2$)
Fréquencegain non uniforme selon la fréquence (circuits accordés)
Harmoniqueprésence de $2f, 3f, \dots$ en sortie pour un signal d'entrée pur
Quadratique (2ᵉ ordre)l'ampli se comporte partiellement en mélangeur$f_1, f_2, 2f_1, 2f_2, f_1+f_2,
Cubique (3ᵉ ordre)mélanges faisant intervenir 3 fois les fréquences$3f_1, 3f_2, 2f_1{\pm}f_2, 2f_2{\pm}f_1$

Les produits d'intermodulation du 3ᵉ ordre ($2f_1-f_2$, $2f_2-f_1$) sont particulièrement gênants quand $f_1$ et $f_2$ sont proches, car ils retombent près de la bande utile.

Taux de distorsion harmonique (TDH) : rapport entre la tension parasite totale $V_P = \sqrt{V_{2F}^2+V_{3F}^2+\dots}$ et la tension du signal désiré.

7.5 Oscillateurs

TypePrincipe
VXOquartz, fréquence fixe
VFOcondensateur variable, fréquence variable mécaniquement
VCOtension sur diode Varicap, fréquence variable électriquement
PLLboucle à verrouillage de phase, synthèse par comparaison de phase
DDSsynthèse numérique directe, microprocesseur + CNA

Le quartz exploite l'effet piézoélectrique (pression → charges électriques, et réciproquement). Fréquence de résonance en fonction de l'épaisseur de la lame :

$$f(\text{MHz}) = \frac{5{,}7}{2 \cdot e(\text{mm})}$$

Un quartz ne fonctionne en pratique que jusqu'à ~30 MHz (au-delà, la lame devient trop fine et fragile). Pour aller plus haut, on utilise un VCO asservi par PLL.

Principe de l'oscillateur : réinjection en phase d'une partie du signal amplifié sur l'entrée. Facteurs affectant la stabilité : variations d'alimentation, de température, défauts de blindage (effet de main).

Synoptique PLL — VCO → diviseur logique programmable → comparateur de phase (avec référence VXO stable) → filtre passe-bas → correction de la tension du VCO.

Synoptique DDS — microprocesseur + quartz de cadencement → échantillonnage numérique → CNA → filtrage anti-crénelage. Selon le théorème de Shannon-Nyquist, la fréquence maximale générée est la moitié de la fréquence d'échantillonnage (en pratique on se limite au quart).

7.6 Multiplicateur de fréquence

Amplificateur classe C (fortement non linéaire), dont le filtre de sortie est accordé sur un harmonique de l'entrée (×2, ×3, ×5 max, jamais de facteur non entier). Pour ×9, on chaîne deux étages ×3.

Un multiplicateur de fréquence reste exploitable pour un signal FM (l'excursion est multipliée dans le même rapport) mais détruit un signal AM ou BLU (le montage classe C n'amplifie que les crêtes).

7.7 Mélangeurs

Un mélangeur multiplie (ne superpose pas) deux tensions d'entrée $F_1$ et $F_2$, générant en sortie $F_1+F_2$ et $|F_1-F_2|$ ; un filtre sélectionne la fréquence utile.

$$f_{max} = f_1+f_2 \qquad f_{min} = |f_1-f_2| \qquad\qquad f_1 = \frac{f_{max}-f_{min}}{2} \qquad f_2 = f_{max}-f_1$$

Exemple — entrées 5 et 8 MHz → sorties 13 MHz et 3 MHz.

Dans un mélangeur imparfait, on retrouve en plus les fréquences d'entrée elles-mêmes, leurs harmoniques, et des combinaisons d'ordre supérieur ($2f_1\pm f_2$, etc. — mêmes produits parasites qu'en §7.4).


8. Amplificateurs opérationnels et circuits logiques

8.1–8.2 L'amplificateur opérationnel (AOP)

Caractéristiques idéalisées : impédance d'entrée infinie (aucun courant n'entre), impédance de sortie nulle, gain infini. Deux entrées (+ non-inverseuse, − inverseuse) et une sortie.

Montage fondamental (inverseur, seul vraiment au programme) — signal appliqué sur l'entrée inverseuse, contre-réaction par $R_2$ :

$$G = -\frac{R_2}{R_1}$$

Le gain est négatif (inversion de phase, 180°), sans gain en intensité ($I_E = I_{R1} = I_{R2} = I_S$).

Exemple — $R_1=5,\text{k}\Omega$, $R_2=25,\text{k}\Omega$ → $G = -5$. Pour $U_E=-0{,}5,\text{V}$ → $U_S = +2{,}5,\text{V}$.

Montage non inverseur (mentionné à l'examen, moins central) : $G = \dfrac{R_2}{R_1}+1$.

8.3 Autres montages (culture générale)

Intégrateur, dérivateur, comparateur, etc. — non centraux au programme mais bons à connaître pour comprendre les filtres actifs et la classe D évoquée au §7.1.

8.4 Circuits logiques (algèbre de Boole)

Niveaux logiques TTL : 1 ≈ 5 V, 0 ≈ 0 V.

PorteSymbole logiqueSortie = 1 quand…Équivalent booléen
ET (AND)&les deux entrées sont à 1multiplication
OU (OR)≥1au moins une entrée est à 1addition
NON (NOT)rond en entrée/sortiel'entrée est à 0 (inversion)complément
OU EXCLUSIF (XOR)=1une seule entrée est à 1$\oplus$

Le trigger de Schmitt évite l'auto-oscillation en zone de transition (hystérésis) : le seuil de bascule 0→1 est différent du seuil 1→0. Monté avec un R-C en contre-réaction, il peut servir d'oscillateur à signaux carrés.

Bascule R/S (mémoire élémentaire, Reset/Set) : mémorise le dernier état imposé sur ses entrées ; remplacée aujourd'hui par un condensateur + MOSFET dans les mémoires modernes.

8.5 Système binaire et traitement numérique


Section C — Radioélectricité

9. Propagation et antennes

9.1 Longueur d'onde / fréquence

$$\lambda(\text{m}) = \frac{v(\text{m/s})}{f(\text{Hz})} \qquad\qquad \lambda(\text{m}) \cdot f(\text{Hz}) = 3\times10^8,\text{m/s}$$

Formule pratique : $\lambda(\text{m}) = 300 / f(\text{MHz})$.

Effet Doppler : le rapprochement rapide de deux stations (liaison satellite) augmente artificiellement la fréquence reçue ; l'éloignement la diminue.

9.2 Modes de propagation

ModeFréquencesPrincipe
Onde de solbasses fréquences (< 2 MHz efficace)suit le relief terrestre, atténuation croissante avec f
Onde réfléchie (ondes d'espace)HF/décamétriquerebond sur l'ionosphère, bond max ≈ 4000 km
Onde directeVHF/UHF et au-delà (> 100 MHz privilégié)antennes en vue directe l'une de l'autre

9.3 La propagation en ondes réfléchies — l'ionosphère

Trois couches, par altitude croissante :

CoucheAltitudeRôle
D50-90 kmn'existe que le jour ; atténue (ne réfléchit pas), surtout gênante en bandes basses (40 m et +)
E90-130 kmionisation faible, parfois "E sporadique" (réflexion ponctuelle imprévisible)
F (F1/F2 le jour, fusion la nuit)130-650 kmdensité électronique maximale, permet les bonds longue distance

Règle pratique pour les radioamateurs européens : liaisons lointaines vers l'Est (Asie) plutôt le matin, vers l'Ouest (Amériques) plutôt en fin de journée — on privilégie l'éclairement du trajet côté correspondant.

Activité solaire : indices Fs (flux solaire, bruit à 2,8 GHz) et R (nombre de Wolf, taches solaires) — plus ils sont élevés, meilleure est la propagation HF. Cycle solaire ≈ 11 ans. Activité magnétique : indices K et A — une forte activité (orages géomagnétiques, aurores) dégrade la propagation.

9.4 Antenne doublet demi-onde (dipôle)

Une antenne est un transducteur passif et réciproque (mêmes caractéristiques en émission et réception).

$$L(\text{m}) = \frac{150}{f(\text{MHz})}\ \text{(longueur totale du doublet demi-onde)}$$

9.5 Antenne quart d'onde verticale (Ground Plane)

$$L(\text{m}) = \frac{75}{f(\text{MHz})}$$

Nécessite un plan de sol (radians, au moins 3, longueur λ/4) pour reconstituer électriquement le second brin. Impédance : 36 Ω si radians à 90°, 52 Ω si radians à 120°. Un brin raccourci peut être compensé par une bobine (chargement) ou une capacité terminale — au prix d'une impédance plus faible à la résonance.

9.6 Antenne Yagi (Beam)

Ajout d'éléments parasites au dipôle : directeurs (plus courts) devant, réflecteurs (plus longs) derrière. Plus le nombre d'éléments augmente, plus le gain (directivité) augmente et plus l'impédance du dipôle diminue.

9.7 Gain d'une antenne

Référence à l'antenne doublet ($dB_d$) ou à l'antenne isotrope idéale ($dB_{iso}$) — sphère parfaite de rayonnement uniforme.

9.8 Puissance apparente rayonnée (PAR / ERP) et PIRE / EIRP

$$\text{PIRE} = \text{PAR} + 2{,}14,\text{dB} = \text{PAR} \times 1{,}64$$

(le doublet a un gain de 2,14 dB par rapport à l'isotrope).

Exemple — émetteur 100 W, antenne 13 dB$_d$ (rapport ≈ 20) : PAR = $100 \times 20 = 2000,\text{W}$.

9.9 Angle d'ouverture

Écart angulaire entre les directions où la puissance rayonnée tombe à −3 dB (moitié) de la direction la plus favorable. Se mesure en pratique au S-mètre en tournant l'antenne jusqu'à perdre 3 dB de part et d'autre du maximum. Le rapport avant/arrière compare la puissance à 0° et à 180°.

9.10 Compléments (niveau approfondi)

Densité de puissance, champ électrique, formule de Friis

$$P_d(\text{W/m}^2) = \frac{\text{PIRE}}{4\pi d^2} \qquad\qquad E(\text{V/m}) \approx \frac{\sqrt{30\cdot\text{PIRE(W)}}}{d(\text{m})}$$

La formule de Friis relie puissance reçue et surface effective de l'antenne réceptrice : $S(\text{m}^2) = G \times (\lambda/4\pi)^2$, $P_r = P_d \cdot S$.

Ventres, nœuds, polarisation

Fin de cette page. Couvre les chapitres 7, 8 et 9. Il reste 3 chapitres au programme technique : lignes de transmission et adaptation (ch. 10), synoptiques (ch. 11), types de modulation (ch. 12) — voir notes-technique-radio-5., qui clôturera la série. Lien du cours de base

  1. Rappels d'algèbre — Lois d'Ohm et de Joule link1
  2. Courants alternatifs, bobines, condensateurs — Transformateurs, piles, galvanomètres link2
  3. Décibel, circuits R-C / L-C / RLC — Diodes — Transistors link3
  4. Amplis/oscillateurs/mélangeurs — AOP et logique — Propagation et antennes link4
  5. Lignes de transmission et adaptation — Synoptiques — Types de modulation link5